Electrification des flottes profesionnelles
Flottes d’entreprise : moteur de l’électrification… et de la réindustrialisation
Le basculement est en cours.
Aujourd’hui, les entreprises ne suivent plus le mouvement : elles le portent.
La dynamique d’électrification s’appuie sur des fondamentaux désormais solides : des technologies arrivées à maturité, et un cadre fiscal de plus en plus incitatif qui accélère le passage à l’échelle.
Par leurs décisions de renouvellement de flotte, les entreprises accélèrent concrètement la transition énergétique de la mobilité.
Et avec un effet encore sous-estimé : le retour de la production automobile en Europe, et en France.
Une électrification portée par les entreprises
Le constat 1 est indiscutable : dans un marché automobile français en net recul, l’électrique continue de progresser.
Dans ce contexte morose, l’élan de l’électrique fait figure d’exception. Sa part de marché passe de 17 % à 20 %, avec des volumes en hausse de 290 000 à 315 000 unités (+7 %).
Mais cette croissance masque une réalité plus contrastée.
Les immatriculations de véhicules électriques par les entreprises bondissent de +52 %, quand, dans le même temps, elles reculent de -16 % chez les particuliers.
Le contraste est net : là où la demande des ménages marque le pas, les entreprises continuent d’investir et de renouveler leurs flottes en accélérant leur électrification.
Le phénomène est encore plus marqué sur les utilitaires (VUL) : les entreprises concentrent 91 % des immatriculations, avec des volumes de VUL électriques qui progressent de 24 % en 2025.
La dynamique est donc clairement tirée par les flottes professionnelles, sous l’effet notamment des réformes fiscales.
Une électrification boostée par la fiscalité
Cette progression ne doit rien au hasard. Elle s’inscrit dans un cadre fiscal profondément remanié ces dernières années, avec un objectif clair : orienter les choix des entreprises vers les motorisations les moins émettrices.
La fiscalité pénalise de plus en plus le thermique, tout en renforçant l’attractivité de l’électrique.
Mais le véritable tournant réside dans la mise en place de la taxe annuelle incitative (TAI).
Jusqu’ici, la fiscalité sanctionnait un véhicule. Désormais, elle observe l’ensemble du parc. Il ne s’agit plus de pénaliser un modèle trop émetteur, mais d’évaluer la composition globale de la flotte.
En 2026, les entreprises de plus de 100 véhicules devront atteindre 18 % de véhicules à faibles émissions, contre 15 % en 2025. Chaque véhicule manquant (par rapport à un objectif calculé selon une formule pondérée) entraîne une pénalité pouvant atteindre 4 000 euros.
La TAI introduit ainsi une rupture majeure : on ne raisonne plus seulement en flux (les renouvellements), mais en stock (la structure globale du parc).
Le signal est clair : ne pas électrifier sa flotte a désormais un coût significatif et durable. Tout retard devient difficile à rattraper, à mesure que les exigences se renforcent.
Dans ce contexte, l’électrification devient une priorité. En 2025, 46 % des flottes de plus de 100 véhicules ont intégré plus de 20 % de véhicules à faibles émissions dans leurs immatriculations. Elles n’étaient que 25 % à l’avoir fait en 2024.
Une électrification désormais plus sélective
La fiscalité pousse les entreprises à électrifier leurs flottes. Mais une nouvelle étape s’ouvre : tous les véhicules électriques ne se valent plus.
C’est tout l’enjeu de l’éco-score.
Ce dispositif ne se limite plus aux émissions à l’usage. Il prend en compte l’empreinte environnementale du véhicule sur l’ensemble de son cycle de vie : conditions de production, origine de l’électricité, transport, fin de vie… autant de critères qui permettent de distinguer les modèles entre eux.
Résultat : deux véhicules électriques peuvent désormais offrir des avantages fiscaux différents.
Un point clé : les véhicules produits en Europe bénéficient généralement de meilleurs scores, notamment grâce à un mix électrique moins carboné et à des chaînes logistiques plus courtes.
Concrètement, l’éco-score conditionne aujourd’hui le régime des avantages en nature (AEN) pour les véhicules de fonction. Les véhicules électriques les mieux notés bénéficient d’un traitement fiscal nettement plus avantageux, ce qui réduit directement le coût pour l’entreprise comme pour le collaborateur.
Le signal est clair : il ne suffit plus d’électrifier, il faut bien choisir ses véhicules. Ce mécanisme n’est pas neutre : il oriente aussi, indirectement, la production automobile.
Une électrification qui réindustrialise
Derrière la dynamique des flottes, un autre mouvement, plus discret, est à l’œuvre.
L’électrification du marché contribue directement au retour de la production automobile en Europe, et en France.
Contrairement au thermique, dont la production s’est largement délocalisée au cours des dernières décennies, les véhicules électriques s’inscrivent dans une logique inverse. En 2025, 27 % des voitures électriques immatriculées en France sont assemblées sur le territoire, contre seulement 16 % pour les modèles thermiques.
Le constat est encore plus marqué sur les utilitaires : 44 % des modèles électriques sont produits en France. La France est désormais le 1er producteur européen de véhicule utilitaire électrique.
Dit autrement : plus le marché s’électrifie, plus la production se relocalise.
Cette transformation s’explique par plusieurs facteurs :
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La conversion progressive des sites industriels thermiques historiques. C’est par exemple le cas de l’usine STELLANTIS de Hordain dans le Nord qui produit désormais plusieurs modèles de VUL électriques.
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Les investissements massifs réalisés en France dans la chaîne de valeur du véhicule électrique.
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L’émergence de nouveaux critères, comme l’éco-score, qui valorisent les productions locales.
L’électrification, portée par les entreprises et soutenue par la fiscalité, ne transforme pas seulement les motorisations. Elle redessine aussi la carte industrielle du secteur automobile.
1 https://www.transportenvironment.org/te-france/articles/marche-automobile-le-made-in-france-et-lelectrique-grands-gagnants-de-2025