26 Feb 2026

Fiscalité : nouveau moteur de l'électrification

Il fut un temps où la fiscalité était un paramètre parmi d’autres dans le coût d’un véhicule.

Fiscalité : nouveau moteur de l'électrification

Ce temps est révolu.

Aujourd’hui, la fiscalité peut représenter jusqu’à 40 % du TCO d’un véhicule. Oui, près de la moitié du coût total de détention. De quoi transformer un simple choix de motorisation en véritable décision stratégique.

Dans cet article, décryptons comment la fiscalité est devenue l’un des principaux accélérateurs de l’électrification des flottes.

 

Quand la fiscalité pénalise l’acquisition du véhicule

Le compteur du véhicule affiche 0 km. Le moteur n’a pas encore démarré que la fiscalité, elle, est déjà en marche.

Premier acte : l’immatriculation.

En 2026, le malus CO2 s’active dès 108 g/km. Le barème est progressif. Il se durcit année après année et peut atteindre 80 000 euros pour les modèles les plus émetteurs. Autrement dit : au-delà d’un certain seuil, chaque gramme de CO2 coûte cher. Très cher.

Soyons concret en prenant l’exemple d’un SUV familial thermique. Avec des émissions aux alentours de 150 g/km, le malus dépasse désormais 4 000 euros.

Avec le barème de 2026, même certaines petites citadines thermiques deviennent potentiellement assujetties au malus CO2.

À cela s’ajoute le malus au poids qui se déclenche à partir de 1 499 kg. Son objectif ? Renchérir le coût des véhicules les plus gourmands en énergie et en matériaux. Là encore, les seuils se durcissent chaque année. Ce dispositif s’additionne au malus CO2.

Restons concret avec notre SUV familial thermique et estimons sa masse à 1 750 kg. Le malus au poids s’élèvera à plus de 2 700 euros.

Des abattements existent pour certains types de véhicules. Ils permettent de réduire le poids retenu pour le calcul du malus.

  • Véhicules hybrides non rechargeables ou rechargeables avec une autonomie équivalente en mode tout électrique en ville inférieure ou égale à 50 km : abattement de 100 kg

  • Véhicules hybrides électriques rechargeables de l’extérieur dont l’autonomie équivalente en mode tout électrique en ville est supérieure à 50 km : abattement de 200 kg (dans la limite de 15% de la masse)

Pendant ce temps, le véhicule 100 % électrique entre en flotte sans malus CO2 ni malus au poids.

À l’immatriculation, la fiscalité crée déjà un écart structurel à l’avantage du véhicule électrique. Et ce n’est que le début...

 

Quand la fiscalité s’installe dans la durée

Les taxes à l’immatriculation sont désormais acquittées. Vous voilà enfin au volant de votre véhicule pour plusieurs années… Pour autant, la fiscalité ne rend pas les clés à l’issue de l’immatriculation.

Deuxième acte : la détention.

Chaque année, votre véhicule est soumis à deux taxes structurelles :

  • La taxe annuelle sur les émissions de CO2

  • La taxe annuelle sur les émissions de polluants atmosphériques

Ces deux composantes (ex-TVS) s’appliquent à l’ensemble des véhicules affectés à des fins économiques. Là encore, les barèmes se durcissent chaque année.

Ces taxes ne dépendent pas d’un événement ponctuel, mais de la simple présence du véhicule dans la flotte. Et sur un cycle de détention de 3 à 4 ans, l’addition devient significative.

Pendant ce temps, le véhicule 100 % électrique est exonéré des deux taxes annuelles sur l’affectation et bénéficie :

  • d’un avantage en nature (AEN) fortement réduit lorsque le véhicule est mis à disposition d’un collaborateur (sous conditions d’éco-score)

  • d’un plafond d’amortissement déductible nettement plus favorable

La fiscalité sur le véhicule thermique n’est plus un coût ponctuel, c’est une charge récurrente intégrée au cycle de vie du véhicule.

 

Quand la fiscalité regarde désormais toute la flotte

Jusqu’ici, la fiscalité sanctionnait un véhicule. Désormais, elle observe l’ensemble du parc.

Troisième acte : la Taxe Annuelle Incitative (TAI).

Son principe change profondément la logique. Il ne s’agit plus de pénaliser un modèle trop émetteur. Il s’agit d’évaluer la composition globale de la flotte.

En 2026, les entreprises de plus de 100 véhicules devront atteindre 18 % de véhicules à faibles émissions (contre 15 % en 2025).

Chaque véhicule manquant (par rapport à un objectif calculé avec une formule pondérée relativement complexe) engendrera une pénalité de 4 000 euros par véhicule (contre 2 000 euros en 2025). 

Cette pénalité est loin d’être symbolique.

Imaginons une entreprise disposant d’une flotte de 210 véhicules et qui renouvelle 1/3 de sa flotte (soit 70 renouvellements). Analysons son exposition fiscale en simulant deux cas concrets.

  • Si elle ne dispose d’aucun véhicule électrique et qu’elle n’en commande aucun parmi ses 70 renouvellements, la taxe atteindra plus de 50 000 euros.

  • Si elle possède 12 véhicules électriques et qu’elle en acquiert 15 parmi ses renouvellements, la taxe atteindra plus de 27 000 euros.

Une charge récurrente tant que la flotte ne progresse pas vers davantage de véhicules à faibles émissions.

Les entreprises ont intérêt à enclencher le mouvement dès maintenant. Les objectifs de verdissement et les pénalités associées vont se durcir chaque année. Attendre, c’est prendre le risque d’accumuler un retard que les seuls renouvellements futurs ne suffiront pas à compenser.

La TAI introduit une rupture majeure :

  • On ne raisonne plus seulement en flux (renouvellement).

  • On raisonne en stock (composition globale du parc).

La TAI est un accélérateur structurel de « verdissement » des flottes. Elle oblige à transformer la structure de la flotte. Le signal envoyé est extrêmement clair.

Pendant ce temps, le véhicule électrique ne se contente plus d’éviter les malus, il devient un levier pour éviter une pénalité globale.

 

Pourquoi l’électrique coche toutes les cases fiscales

Nous venons de le voir, l’électrique ne bénéficie pas d’un avantage isolé. Il bénéficie d’un écosystème fiscal favorable.

Récapitulons les avantages fiscaux pour un véhicule particulier 100 % électrique :

Dispositif fiscal Avantage pour l’entreprise
Malus CO2 Exonération totale
Malus au poids Exonération totale
Taxes annuelles sur l’affectation (ex-TVS) Exonération sur toute la durée de détention
Avantage en nature (AEN) Abattement de 70 % sur la base imposable 1
Plafond d’amortissement Jusqu’à 30 000 euros déductibles
Impact TAI Contribue positivement à l’atteinte des objectifs fixés

1 Sous condition de véhicule éco-scoré

 

Ce que ça change concrètement pour les décideurs

Initialement, l’électrification des flottes a été perçue comme une démarche essentiellement environnementale. Une réponse aux enjeux climatiques et une contribution à la stratégie RSE.

Aujourd’hui, le cadre a changé. La transition énergétique est engagée. Les objectifs climatiques se durcissent. Les réglementations s’accumulent. La fiscalité agit désormais comme un accélérateur.

Son impact sur le calcul du TCO devient significatif. Ce n’est plus un simple levier d’optimisation, c’est un véritable poste de charge à part entière.

L’électrification devient un sujet de pilotage économique.

Et si la fiscalité joue un rôle d’accélérateur, elle n’est pas seule : performances des véhicules en hausse, autonomies adaptées à la majorité des usages professionnels, densification du réseau de recharge… les conditions techniques et opérationnelles se sont, elles aussi, nettement améliorées.

Pour les décideurs, la question n’est donc plus « Faut-il électrifier ? »

Mais : À quel rythme, sur quels segments et avec quelle stratégie de conduite du changement ?